Interview « les Clés du BIM et du numérique » avec Sylvain Wietrzniak, Directeur d’ACTH, Experts historiques de la transition numérique par le BIM !

Dans la série des interviews clés du BIM, nous avons la chance de recevoir cette semaine une société historiquement reconnue dans l’expertise du BIM et de la CAO, ACTH, avec Sylvain WIETRZNIAK, son Directeur, une personnalité incontournable et reconnue du BIM en France.

Bonjour Sylvain, pourriez-vous svp vous présenter en quelques mots pour nos lecteurs ?

Bonjour, je m’appelle Sylvain Wietrzniak, je suis architecte DPLG et directeur de l’entreprise ACTH depuis 1995.

Pourriez-vous nous présenter ACTH et nous parler de son histoire et son évolution dans le temps ?

ACTH (le nom d’une hormone de croissance) a été créée en 1990 par Roland Lévy, architecte et docteur en informatique.

A l’origine, il s’agissait de faire comprendre, déployer, et de permettre aux agences d’architecture de pouvoir utiliser les nouveaux outils, appelés DAO (Dessin Assisté par Ordinateur).

Comme la plupart des entreprises de l’époque, nous avons développé des services de formation et d’organisation de la production autour des logiciels, que nous diffusions par ailleurs.

Notre orientation de départ était, la transmission des nouvelles méthodes et la volonté de faire avancer la profession autour de ces outils.

Nous avons réalisé notre 1ere formation Autodesk Revit en 2007.

Quant à moi, j’ai suivi mon cursus à l’école d’architecture de Paris-La-Villette et j’ai rejoint ACTH dès mon retour du Canada où j’avais réalisé une année en architecture du paysage.

D’ailleurs, Sylvain, qu’est-ce qui vous a amené vers les nouvelles technologies ? Une passion ?

Oui et non, lorsque j’ai démarré mes études, je devais travailler en parallèle, et pour cela je me suis formé sur AutoCAD avec l’association ADIG.

Très peu nombreux sur ce marché, nous étions très bien payés ! J’ai commencé dessinateur en CAO-DAO, puis très vite je suis devenu CAD Manager dans les agences qui étaient à l’avant-garde des technologies.

Quels sont dorénavant vos secteurs d’expertise et les services que vous proposez ?

ACTH est expert dans la transition numérique par le BIM.

Nous développons du Conseil (BIM, CIM, GED, Plateforme et transition numérique), de la formation et de l’accompagnement.

Nous sommes spécialisés dans le conseil dans le cadre de la transition numérique pour les données du patrimoine (en étude, en réalisation et en gestion/exploitation).

Nous avons préservé cette volonté de faire avancer les métiers, et dans la continuité, nous poursuivons l’enseignement et la transmission.

Le modèle d’enseignement évolue, aussi nous proposons des missions très proches de l’accompagnement « on the job » et utilisons le numérique en permanence.

Cela nous permet aussi de diffuser les bonnes pratiques de gestion de projet en numérique.

Combien de personnes avez-vous dans votre structure ? Et comment êtes-vous organisés et quels rôles clés y-a-t-il ?

Nous sommes très peu, uniquement 6 personnes de façon fixe, avec un haut niveau d’expertise. Parallèlement, nous travaillons avec un réseau de partenaires et de consultants experts que nous structurons pour les projets. C’est un écosystème de proximité de 20 personnes. Pour les missions transverses (BIM, PLM, gestion des données, etc.) nous sommes partenaires avec des entreprises souvent de grosse taille.

Etes-vous essentiellement AMO et formateurs, ou accompagnez-vous le changement de manière globale ?

Les deux. Nos missions vont de l’analyse stratégique à l’opérationnel. Nous analysons, préconisons (stratégie) puis nous accompagnons (tactique) la réalisation la transformation (opérationnelle).

Notre histoire et notre implication dans les structures de formation reste une pierre angulaire de notre méthode. Les missions de conseil de type AMO ont fait considérablement évoluer nos activités et nous supportons maintenant les équipes de production ou de management des projets. Cette double pratique nous permet d’aborder la transformation de manière globale. Nous sommes toujours dans une logique d’autonomie de nos clients, en bref notre volonté est de les rendre opérationnels et autonomes.

Sylvie Desmarest, Responsable Commerciale &Sylvain Wietrzniak, Directeur – Salon EnerJmeeting 2020

Les technologies Autodesk BIM jouent-elles un rôle clé pour votre activité ?

Bien-entendu, historiquement nous avons été revendeurs des solutions Autodesk et nous avons même été le 1er des revendeurs sur les applications métier de l’AEC avec AutoCAD architecture. Notre stratégie d’entreprise nous a conduit vers le conseil et l’abandon de la vente de logiciel. Lorsque l’évolution vers le BIM est devenue notre activité principale, les outils Autodesk de par leur pertinence se sont imposés.

Notre activité de formation nous a conduit naturellement à devenir Autodesk Training Center (ATC), Autodesk Authorized Academic Partner (AAP) et Certiport Authorized Testing Center.

La maitrise des technologies et des outils Autodesk a toujours été un élément très signifiant dans les demandes de nos clients, cette connaissance des outils, est bien-entendu indispensable mais pas suffisante dans nos missions. Nous sommes avant tout “métier” c’est-à-dire que les outils ne sont pas tout !

Mais quels sont vos éléments différentiateurs par rapport aux autres acteurs du marché ?

Clairement, plusieurs axes nous détachent dans ce marché :

  • Notre vision, transverse autour de la gestion des outils et des moyens
  • Notre capacité à définir, animer et transmettre les nouveaux usages
  • Notre couverture du marché qui s’adresse à toute la chaîne du métier : MOA, AMO, MOE, Entreprise, privé ou public
  • Nos missions s’adressent à l’ensemble des services, des directions stratégiques jusqu’aux producteurs

Adressez-vous essentiellement les Grands Comptes ou aussi les TPE-PMEs ?

Oui absolument, nous avons toujours voulu conserver la qualité d’adaptation des « petits » et l’organisation et la structuration des « grands ».

Même si vos parcours sont plutôt à l’origine autour de l’architecture, êtes-vous aussi présents dans les domaines de l’ingénierie et de l’infrastructure ?

Oui tout à fait, le BIM, qui n’est que la traduction d’une saine gestion des données des projets nous permet d’être présents chez de nombreux acteurs. Nous assurons des missions auprès des MOE en architecture, en ingénierie du bâtiment et de l’infrastructure, mais aussi auprès des MOA. Il y a celles qui font construire des bâtiments ou des infrastructures et celles qui gèrent et maintiennent en condition opérationnelle des logements, des usines ou des ouvrages. Notre expérience s’appuie entre autres sur l’expertise et l’expérience que nous avons acquises entre autres auprès de notre client la Société du Grand Paris.

Centre d’exploitation Champigny sur Marne – MOA : Société du Grand Paris / Architectes : Richez associés

Vous avez de belles références comme l’AMO autour de la SGP, pourriez-vous nous en dire un peu plus et nous parler des autres projets ou vous avez été impliqués et qui vous tiennent à cœur ?

Nous avons à cœur de permettre la mise en place d’une logique de « continuité numérique du territoire à l’équipement »©. Notre approche est éthique, toujours « collaborative et contributive ». Nous croyons fortement à la transition numérique raisonnée©.

Que cela soit pour, Architecture Studio, Habitat en Région, les Eaux de Paris, SIA Habitat, ou bien d’autres, nous veillons toujours lors de nos accompagnements à mettre en œuvre des dispositifs et des moyens qui ne laissent personne en marge.

Quelle est la difficulté quand on travaille sur ce type de projet aussi emblématiques ?

Être à sa place, démontrer aux acteurs et aux clients que nos interventions sont efficaces immédiatement pour leurs missions, contribuer réellement à une bonne gestion des projets en utilisant les technologies pour ce qu’elles sont, c’est des dire des outils et des moyens au service de la réalisation des projets.

Ne pas vendre du rêve, c’est à dire expliquer les difficultés et mettre en place les dispositifs pour les franchir.

Selon vous, est-ce la maîtrise d’ouvrage qui pousse à aller vers le BIM actuellement ? Ou autre ?

Actuellement, nous sommes dans une phase décrite par le cycle de Hype de Gartners qui concerne l’adoption et la « désirabilité » d’une nouvelle technologie, même si cela n’est pas si simple.

Les promesses de cette nouvelle technologie commencent à s’émousser, et l’’espoir faiblit en provoquant des déceptions malgré les réussites. Les 1ers acteurs MOE qui étaient leaders ont fait leurs premières expériences. Les MOA et leur AMO sont maintenant convaincus et commencent à être moteurs. En effet, ils ont compris leurs propres avantages, mais pour autant, tout comme pour les MOE, il faut le mettre en place.

Diriez-vous que le marché français est avancé en BIM ?

Oui, depuis l’étude réalisée pour le PTNB en 2017, les choses ont considérablement avancé. Les projets sortent de terre, avec leurs réussites mais aussi avec leurs déceptions. Des titres ont été créés par le RNCP. Les acteurs se mettent en ordre de bataille, mais nous sommes un pays où le conflit est fréquent et la collaboration n’est pas toujours de mise.

Quels sont selon vous les freins au développement du BIM en France ?

Les freins principaux sont les répartitions des marchés, la structuration des entreprises, le manque de compétences, les technologies.

Grâce à la loi MOP de 1985 qui a normalisé les contrats et les responsabilités, chacun a su s’organiser. Sans la remettre en cause, il faudrait peut-être la faire évoluer pour qu’elle puisse mieux intégrer les principes de collaboration. C’est déjà le cas avec les Conception/Réalisation, les CREM et autres exceptions.

La structure des entreprises évolue vers les regroupements et l’émergence de nouveaux acteurs.

Les organismes de formation professionnelle mettent en place des parcours adaptés comme nous.

Les nouveaux titres du RNCP sont pertinents, même s’ils doivent encore s’enrichir.

Les technologies et principalement les openBIM et standards tels que l’IFC sont matures, et j’en profite pour saluer l’investissement d’Autodesk dans cette voie ouverte.

Développez-vous aussi des applications spécifiques pour vos clients ?

Non absolument pas, nous nous appuyons sur les outils existants comme Dynamo pour aider nos clients, soit à automatiser leur production, soit à améliorer leur conception.

Couvrez-vous le cycle de vie globale d’un projet ou uniquement certaines parties ?

Presque, nous n’avons pas encore travaillé sur la problématique des maquettes de déconstruction.

L’exploitation et la maintenance sont-ils un segment que vous développez ?

Oui, bien-entendu, nous sommes présents auprès de grands acteurs du tertiaire depuis les années 2000. Le sujet a toujours été d’actualité, que cela soit pour l’exploitation de leurs plans avec AutoCAD ou maintenant en BIM, d’autant plus que les systèmes GTB, GTC, GMAO ou les ERP d’exploitation/maintenance nécessitent une vision d’hyper-gestion.

Certains ont défini le concept de BOS© (Building Opérating Système) ce qui nous semble très pertinent mais cela pose encore quelques problématiques.

Quel rôle joue l’interopérabilité dans un processus BIM et que faites-vous pour sensibiliser et accompagner les acteurs ?

La question d’interopérabilité n’est pas nouvelle. Il s’agit d’être en accord sur les données communes entre acteurs. Depuis l’origine, ils s’accordent sur des communs du projet (les nomenclatures, les cohérences géométriques 2D, les superpositions, le formatage). Aussi, nous mettons toujours en place un apprentissage et une sensibilisation à la coopération entre acteurs pour des données cohérentes.

Couvrez-vous TIM, CIM et BIM ?

TIM, encore un nouveau concept, la réponse est oui pour les trois, car notre pratique, autour de la « continuité numérique du territoire à l’équipement© », produit la démarche que nous déployons entre autres à la Société du Grand Paris depuis 2014.

Sylvain, vous êtes depuis longtemps dans les nouvelles technologies. Que de chemin. Comment interprétez-vous les évolutions de ces 30 dernières années et quelles leçons peut-on en tirer pour l’avenir ?

J’ai la chance d’avoir mis mes pas dans ceux de Roland Levy qui travaillait sur le langage objet dans les années 1985, il est le fondateur d’ACTH, quel plaisir de voir les acteurs converger dans cette direction.

J’ai encore quelques années devant moi, aussi nous contribuons actuellement à une évolution vers une Industrie du bâtiment 4.0

D’ailleurs, en France, les autorités en charge de la numérisation du secteur font-elles selon vous ce qu’il faut pour que tout le monde doit prêt en 2020 ?

Pour moi, la réponse ne doit pas venir uniquement des autorités, même si elles sont incitatives. Les opérateurs privés ont leur mot à dire et à faire. Sans reprendre le vocabulaire de la « startUP Nation » nous avons en France de très belles réussites industrielles et intellectuelles et cela depuis fort longtemps, il n’y a aucune raison pour que cela ne continue pas.

Faudrait-il faire quelque chose de plus ou différemment ?

Je pense que les politiques permettent de formaliser un cap et de déclencher des actions, voire des obligations.

Les obligations sont souvent un moteur pour avancer ou se contraindre.

ACTH a toujours considéré que la recherche et les nouveautés étaient un progrès si l’humain en profitait. Cela nécessite d’avoir toujours une grande compréhension des enjeux et des forces, à notre échelle, intégrer ces technologies est une obligation.

Forme-t-on bien au paradigme du BIM selon vous dans les écoles et universités, d’architecture et d’ingénierie ?

La réponse est simple, les cursus doubles, architectes et ingénieurs sont de plus en plus fréquents, c’est un signe très positif.

Plus concrètement, quels types de formations, suivi, accompagnement proposez-vous chez ACTH ?

Nous formons aux outils de conception, à l’organisation du projet dans un cadre numérique (PMO), et plus généralement auprès de tous les acteurs selon leur spécificités métiers (MOA, MOE, Entreprise, Maintenance, Responsable de Patrimoine, etc.).

Nos parcours vont de l’initiation au perfectionnement pour les modeleurs, les coordinateurs ou le BIM Management.

Il est nécessaire d’intégrer nos stagiaires dans le processus plus large de la gestion des données et de la transformation numérique.

Aussi nous avons développé nos axes d’intervention autour de « chantiers BIM » qui traversent l’ensemble des sujets pour les projets ou des entreprises. (BIM-DSI, BIM-RH, BIM-QSE, BIM-Production, BIM-Méthodes, etc.)

La notion de Chantier fait référence à notre vision opérationnelle qui décrit un objectif, des indicateurs de réussite, et son atteinte au travers, de moyens, de livrables, d’une maitrise des coûts et des plannings.

Comment un professionnel peut-il vous contacter s’il veut en savoir plus ou s’intégrer vos formations ?

Auprès de notre service commercial bien sûr ! Rien ne remplacera jamais un échange.

Il peut trouver nos coordonnées et se renseigner via nos pages Linkedin et via notre site internet.

LinkedIn
Téléphone : 01 43 26 23 21
Site web : https://www.acth.fr/
E-mail : info@acth.fr

Connaissiez-vous ABCD Blog ? Est-ce un site utile pour le BIM et le numérique en France ?

Oui, je le connais et je le suis depuis sa création ! nous le préconisons systématiquement comme faisant partie des éléments d’informations nécessaires.

Sylvain, un grand merci pour votre temps et ce récit passionnant. Nous vous souhaitons beaucoup de succès dans cette digitalisation de la France.

Une réponse sur “Interview « les Clés du BIM et du numérique » avec Sylvain Wietrzniak, Directeur d’ACTH, Experts historiques de la transition numérique par le BIM !”

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